Girondins de Bordeaux : vers un divorce à la tête du club ?


27 novembre 2019

Sur fond de mauvaise situation financière, le scénario d’une prise en mains rapide du club par l’actionnaire majoritaire King Street avec l’éviction de GACP est lancé. Ce qui pourrait ouvrir une nouvelle période d’incertitude pour le club bordelais

La stabilité n’aura donc pas duré longtemps aux Girondins. Vu du Château du Haillan, le siège du club, elle n’a jamais d’ailleurs jamais existé, symbolisée notamment par une restructuration interne douloureuse – le nombre de dossiers au contentieux serait monté à 18. La bonne période sportive actuelle (4e de Ligue 1) ne suffit pas à calmer l’opposition, attisée au fil des semaines, entre deux clans issus des deux principaux actionnaires du club, King Street majoritaire à 86,4 % et GACP (13,6) de Joe DaGrosa.

>>> Retrouvez tout notre dossier : le rachat des Girondins : un an après et L’histoire de la reprise des Girondins de Bordeaux par GACP et King Street

A peine plus d’un an après le rachat du club par ces deux fonds d’investissement américains, le point de rupture est selon plusieurs sources proches irrémédiable, au point qu’une nouvelle évolution structurelle apparaît probable d’ici le mois de janvier. Le scénario envisagé aujourd'hui, sauf revirement ou élément nouveau rapidement : la prise de pouvoir totale du club par King Street, et donc la mise hors du jeu de GACP, à l’origine du projet de reprise et en charge du management. Une communication dans ce sens pourrait avoir lieu autour du match à Marseille le 8 décembre (1)

>>> A écouter, notre podcast : Girondins : sportif et structures, qu’est-ce qui a changé depuis la vente il y a un an ?

1 - Comment en est-on arrivé là ?

Le nœud du problème, la situation financière. Cela n’étonnera pas les observateurs économiques du football français, très sceptiques il y a un an au moment de la reprise du club. Pour King Street, le plan d’affaires alors présenté par GACP pour le convaincre d’apporter les fonds manquant au rachat du club (60 millions d'euros) est d’ores-et-déjà caduque. L'équipe de Joe Da Grosa dénonce elle en coulisses avoir récupéré une situation financière plus négative que prévue, malgré les audits effectués avant la vente et au moment de sa finalisation. D’autres pointent surtout le train de vie démultiplié lors des premiers mois de direction de GACP, auquel est venue notamment s’ajouter la forte augmentation de la masse salariale – 11 millions d’euros selon Joe DaGrosa en septembre sur RMC.

Selon nos informations, les actionnaires, dont ce n’est pas la vocation dans le projet, ont déjà dû verser de l’argent au compte courant du club afin d’assurer le paiement des salaires et de factures aux fournisseurs, en attendant les ventes de joueur en janvier qui devront apporter du « cash ».

La divergence sur la stratégie à adopter ont attisé les tensions malgré la bonne santé sportive. D’un côté, GACP prône un réinvestissement du produit des ventes de joueurs plus important sur le sportif (tout en espérant en tirer des revenus). De l’autre, investissement dans le secteur commercial et politique de rigueur pour King Street . La communication de GACP (notamment vis à vis des supporters) et les difficultés relationnelles symbolisées par un rapport très froid entre Hugo Varela et le président délégué Frédéric Longuépée, respectivement représentants de GACP et King Street au Château du Haillan, n’ont pas aidé à calmer les choses.

2 - Quels scénarios sont-ils envisageables ?

Depuis plusieurs mois, parallèlement à sa recherche d’investisseurs pour le rachat du club anglais de Newcastle, GACP espère convaincre un nouveau partenaire financier de racheter les parts de King Street au sein de la Holding FC Bordeaux basée au Luxembourg (2) . Joe DaGrosa et son équipe veulent s’appuyer sur le bon début de transformation sportive, sur le soutien du groupe de supporters les Ultramarines, et sur une surface financière augmentée depuis un an via des activités annexes. Ils comptent aussi élargir leur part au capital du club en reversant leurs rétributions de managers du club, les « management fees ». Sans résultat connu à ce jour, ni sans l’assurance que King Street accepterait de vendre. Une bataille juridique longue et incertaine semble aussi très improbable.

Si la semaine de Thanksgiving – sacrée aux Etats-Unis - marque une pause, le scénario penche aujourd’hui vers le rachat des parts de GACP par King Street. Des discussions financières, qui impliquent aussi Fortress auprès duquel des lignes de crédit de 40 et 45 millions d’euros ont été ouvertes, sont lancées. Si les termes de l’accord entre les deux fonds de GACP par King Street ne sont pas connus, le mandat de gestion, annuel ou pluriannuel, est souvent accompagné d’une obligation de résultats. Financiers, bien sûr, a priori non atteints.

3 - Quelles conséquences pour l’avenir ?

Le départ de GACP renforcerait la position du président délégué Frédéric Longuépée, proche de King Street, et à la tête d’un plan de développement sur 5 ans. Elle obligerait aussi le fonds d’investissement new-yorkais à communiquer pour la première fois : le seul visage connu à ce jour est celui de Niklas Von Daehne, porteur du projet. Si le Danois n’est... plus salarié de King Street depuis janvier, il reste au conseil d’administration du club et chargé du suivi.

Mais c’est surtout au sommet de King Street que la situation financière a fortement fâché, tout comme le fait de voir l'entreprise pointée du doigt pour la première fois publiquement dimanche lors du match Bordeaux-Monaco sur une banderole des Ultramarines qui connaissent la situation mais réfutent être manipulés. Le risque ? Une crise brutale, entre un Virage Sud opposé frontalement à King Street et Frédéric Longuépée. Celui-ci symbolise pour eux ce qu’ils rejettent, c’est-à-dire une vision simplement financière, et non sportive du club.

L’inquiétude serait également forte au siège du club au Haillan où une partie des salariés dénonce le management de Frédéric Longuépée, pointe la méconnaissance du club par les cadres recrutés ces derniers mois et doute de la faisabilité des objectifs commerciaux. L'incertitude deviendrait aussi sportive : s'ils ne se sont pas positionnés dans le conflit, le directeur du football Eduardo Macia a été recruté par GACP et l’entraîneur Paulo Sousa par Eduardo Macia.

A moyen terme, se pose la question de la stratégie de King Street, engagé auprès des collectivités locales (comme GACP) à rester au moins cinq ans. Un actionnariat unique simplifierait la perspective d’une revente. Dès la fin de saison, alors que les droits TV (2) vont augmenter la saison prochaine et donner un peu d’oxygène financier ? Plutôt en 2021 ou 2022 quand la restructuration souhaitée aura été menée à terme? Certains, qui avaient pressenti la fragilité de l’attelage américain, préparent déjà leurs dossiers de reprise...

(1) GACP, King Street et Frédéric Longuépée n'avaient pas répondu à nos appels au moment où nous avons mis cet article en ligne.

(2) Propriétaire du club via les sociétés FC Bordeaux Intermediate (également au Luxembourg) et la société La Dynamie (en France).

(3) Ils vont passer à partir de la saison prochaine de 765 millions d’euros à 1,15 milliards par an.

par Nicolas Le Gardien.

source : Sud Ouest Actu 

https://www.sudouest.fr/2019/11/27/girondins-vers-un-divorce-a-la-tete-du-club-6876328-4558.php?fbclid=IwAR3MTaNGWDogC_zWJJbGAi0ZrAEYfm4ChJyuQJk8SX0126G7z3C8WpSvq5s

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