Les tickets de caisse en sursis


25 novembre 2019

Un texte, présenté à l’Assemblée nationale demain, prévoit de supprimer d’ici à 2022 leur impression automatique pour les achats de moins de 30 €. Les relevés de carte bancaire sont aussi concernés.

Vous n’en pouvez plus de ces tickets de caisse et autres relevés de carte bancaire qui encombrent votre porte-monnaie ? Vous en serez sûrement bientôt débarrassé.

Dans le cadre du projet de loi contre le gaspillage porté par la secrétaire d’Etat à la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson, plusieurs amendements soutenus par le gouvernement, qui seront examinés par la commission du Développement durable demain soir, visent à éradiquer progressivement ces petits bouts de papier. Le premier amendement, porté par la députée LREM de l’Hérault Patricia Mirallès, s’attaque aux tickets de caisse dans les surfaces de vente. A compter de septembre 2020, ne seront imprimés les tickets de caisse de moins de 10 € que si le client le demande. Ce seuil sera ensuite porté à 20 € en 2021, puis à 30 € au 1 er janvier 2022, à l’instar de ce que font déjà nos voisins anglais et danois. « Cela générerait des économies de papier importantes », souligne Patricia Mirallès. Elle a calculé que le seul « hypermarché Auchan proche de chez [elle] produit 849 km de papier par an ! Et puis, le bisphénol A de ces tickets a beau avoir été remplacé par du bisphénol F ou S, les médecins recommandent par exemple aux caissières enceintes de ne pas y toucher… »

Une mise en musique délicate

Selon nos informations, un autre amendement soutenu par le gouvernement devrait également être examiné demain : l’interdiction, début 2022, de l’impression des tickets de carte bancaire, « sauf demande contraire du client ». Enfin, plusieurs amendements portés par la députée, mais sur lesquels le gouvernement ne s’est pas encore prononcé et qui seront examinés cette fois en séance publique à compter du 9 décembre, visent à ne plus imprimer systématiquement les tickets sortant d’automates, mais aussi les bons d’achat et les tickets de caisse édités dans des établissements recevant du public (les restaurants universitaires, par exemple).

Si le principe, écolo et économe, est simple, la mise en musique risque d’être plus délicate. D’abord, il faudra compter avec les réticences psychologiques des clients, dont certains sont attachés à leurs tickets. « Je vérifie les tarifs, je regarde les promos, bref j’y suis attachée », reconnaît ainsi Adeline, la trentaine. Bien d’autres Français conservent, eux, leurs relevés de carte bancaire. Certains magasins renâclent aussi : « Cela nécessitera des développements informatiques complexes et coûteux, d’autant qu’il y a souvent des bons d’achat qui sortent avec les tickets de caisse », souligne le représentant d’une enseigne. A la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), Jacques Creyssel ne se dit « pas hostile sur le principe, mais on demande du temps ». Surtout, pointe-t-il, « le ticket de caisse permet aux contrôleurs de vérifier qu’il n’y a pas eu vol, et sert de garantie en cas d’échange ». Compliqué, donc, de s’en passer totalement…

Voilà pourquoi beaucoup de commerçants se sont lancés dans la dématérialisation des tickets de caisse, comme Promod, qui fut l’un des précurseurs en 2016. « 60 % de nos clientes préfèrent désormais que nous leur envoyions leur ticket par mail, car en cas de besoin elles le retrouvent plus facilement », souligne Frédéric Lefebvre, directeur marketing. Avec ce système, les enseignes sont doublement gagnantes. Car pour envoyer les tickets par mail, il faut que les clients acceptent de renseigner leurs coordonnées personnelles… De quoi, pour les commerçants, se constituer un fichier clients fiable.

 ✒  Odile Plichon

source :Aujourd'hui en France

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article